La Mort et l’Éternel, lecture d’ Eckhart Tolle

Eckhart Tolle est un formidable enseignant, proposant à travers ses écrits d’accéder à une voie spirituelle riche, essentielle, universelle, mature. Ce texte, La Mort et l’Éternel, écrit et lu par Eckhart Tolle lui-même dans la vidéo disponible ci-dessous dans sa version originale en Anglais, soutenu par un court-métrage inspirant, nous aide à nous rappeler que la vie est changement, que la forme, y compris notre forme humaine et toutes les histoires que nous y attachons, est fluctuante. Qu’est-ce que la mort? Que pouvons-nous apprendre de la mort? Écoutez, regardez, observez… Les leçons sont dans les silences. 

Une traduction française écrite est proposée dans cet article sous la vidéo. 

La Mort et l’Éternel, texte lu et écrit par Eckhart Tolle

« Lorsque vous marchez dans une forêt qui n’a pas été modifiée ou dans laquelle l’homme n’a pas interféré, vous verrez non seulement de la vie abandonnée tout autour de vous, mais vous rencontrerez aussi des arbres à terre et des plantes en décomposition, des feuilles pourrissantes et de la matière en déclin à chaque pas. Où que vous posez vos yeux, vous verrez la vie autant que la mort. En y regardant de plus près cependant, vous découvrirez que les troncs d’arbres en décomposition et les feuilles pourrissantes, ne donnent pas seulement naissance à de la vie nouvelle, mais sont eux-mêmes pleins de vie. Les micro-organismes travaillent, les molécules se ré-arrangent, la mort ne se trouve nulle part, la métamorphose de la force de vie est là, toujours. Que pouvez-vous apprendre de cela? La mort n’est pas l’opposé de la vie. La vie n’a pas d’opposé. L’opposé de la mort est la naissance. La vie est éternelle. 

Les sages et les poètes de par le monde ont reconnu la qualité onirique de l’existence. D’apparence si solide et réelle, et néanmoins si fugitive qu’elle peut se dissoudre à tout moment. À l’heure de votre mort, l’histoire de votre vie peut tout à fait vous apparaître comme un rêve, cependant même dans un rêve il doit y avoir un fond qui est réel. Il doit y avoir une conscience dans laquelle le rêve se déroule. Autrement il ne serait pas. Cette conscience, le corps la crée-t’elle? Ou la conscience crée-t’elle le rêve du corps? Le rêve d’un quelqu’un? Pourquoi la plupart de ceux qui ont connu une expérience de mort imminente n’ont-ils plus peur de la mort? Réfléchissez à ceci.  

Bien sûr vous savez que vous allez mourir, mais ceci reste un simple concept mental jusqu’à ce que vous rencontriez la mort en personne pour la première fois, à travers une maladie grave, ou un accident qui vous arrive à vous ou à une personne qui vous est proche, ou avec le décès d’une personne aimée, la mort entre dans votre vie en tant que conscience de votre propre mortalité. La plupart des gens s’en détournent par peur, mais si vous ne l’évitez pas et que vous faîtes face au fait que votre corps est éphémère, et pourrait se dissoudre à tout moment, il arrive un niveau de désidentification, même léger, de votre propre forme physique et psychologique, le Moi. Lorsque vous voyez et acceptez la nature impermanente de toute forme de vie, un étrange sentiment de paix vous arrive. À travers l’expérience de la mort, votre conscience se libère dans une certaine mesure de l’identification à la forme. Voilà pourquoi dans certaines traditions bouddhistes, les moines visitent régulièrement la morgue pour s’asseoir et méditer parmi les corps morts. Il y a encore un déni de la mort très répandu dans la culture occidentale, même les personnes âgées essaient de ne pas en parler ou d’y penser, et les cadavres sont cachés. Une culture qui dénie la mort devient inévitablement creuse et superficielle, soucieuse seulement de la forme extérieure des choses. Avec le déni de la mort, la vie perd de sa profondeur, la possibilité de se connaître au-delà du nom et de la forme, la dimension de transcendance disparaît de nos vies, parce que la mort est bien l’entrée vers cette dimension.

Les gens ont tendance à être incommodés par les fins, parce que chaque fin est une petite mort. C’est pourquoi dans bien des langages, le mot pour « au revoir » veut dire « on se voit bientôt ». Chaque fois qu’une expérience se termine, les retrouvailles d’amis, des congés, vos enfants quittant le foyer, vous mourrez d’une petite mort. Une forme qui apparaissait dans votre conscience, tout comme cette expérience, se dissout. Souvent ceci laisse une sentiment de vide que la plupart des gens essaient au maximum de ne pas sentir, de ne pas faire face. Si vous pouvez apprendre à accepter et même accueillir les fins dans votre vie, vous trouverez que la sensation de vide qui était initialement ressentie comme inconfortable, se transforme en un sentiment de grâce intérieure profondément apaisant. En apprenant à mourir chaque jour ainsi, vous vous ouvrez à la vie. 

La plupart des gens trouvent dans leur identité, le sentiment de Soi, quelque chose d’incroyablement précieux qu’ils ne veulent pas perdre. C’est pourquoi ils ont tant peur de la mort. Cela semble inimaginable et effrayant que Je finisse d’exister, mais vous confondez ce précieux Je avec votre nom et votre forme, et l’histoire qui leur sont associés. Ce Je n’est rien de plus qu’une formation temporaire dans le théâtre de la conscience. Tant que cette forme-identité est tout ce que vous connaissez, vous ne pouvez voir que cette préciosité est votre propre essence, votre plus intime sentiment de Je suis. C’est l’Éternel en vous. Et c’est la seule chose que vous ne pouvez perdre. 

Quelque soit la perte profonde qui peut arriver dans votre vie, telle que la perte d’une possession, de votre foyer, d’un être proche, ou la perte de votre réputation, d’un travail, de capacités physiques, quelque chose en vous meurt. Vous vous sentez diminué dans le sentiment de Qui vous êtes. Il peut aussi y avoir un certain égarement : sans ceci, qui suis-je? Lorsqu’une forme avec laquelle vous vous étiez inconsciemment identifiée comme une part de vous-même s’en va ou se dissout, ce peut être extrêmement douloureux. Cela laisse un trou pour ainsi dire, dans la trame de votre existence. Lorsque ceci arrive, ne déniez ou n’ignorez pas la douleur ou la tristesse que vous ressentez. Acceptez qu’elle est là. Soyez conscient de la tendance de votre esprit à construire une histoire autour de cette perte, dans laquelle vous vous assignez un rôle de victime. La peur, la colère, le ressentiment ou l’apitoiement sur vous-même sont les émotions qui accompagnent ce rôle. Puis devenez conscients de ce qui se tapie derrière ces émotions, autant que derrière ces histoires artificielles, ce trou, cet espace vide. Pouvez-vous faire face à cette étrange sentiment de vide? Et si oui, vous pourriez découvrir que cet espace n’est plus à craindre. Vous pourriez être surpris de la paix qui en émane. Lorsque la mort arrive, lorsqu’une vie se dissout, Dieu, le Sans-forme et le Non-manifesté, brille à travers l’ouverture laissée par la forme en dissolution. Voilà pourquoi ce qui est le plus sacré dans la Vie est la Mort. Voilà pourquoi la paix de Dieu peut venir à vous à travers la contemplation et l’acceptation de la Mort. 

Comme chaque année paraît courte quand passée, comme nos vies sont brèves. Y’a-t’il quoi que ce soit qui ne soit pas soumis à la Naissance et à la Mort? Quoi que ce soit d’Éternel? Considérez ceci : s’il n’y avait qu’une seule couleur, disons le bleu, et que le monde entier et tout en lui était bleu, alors il n’y aurait pas de bleu. Il y a besoin de quelque chose de non-bleu afin que le bleu puisse être reconnu. Sinon il ne ressortirait pas, il n’existerait pas. De la même façon, n’y-a t’il pas nécessité de quelque chose de non-bref et de non-impermanent, pour que la brièveté de toutes choses nous apparaisse? En d’autres mots, si tout, vous inclus, étiez impermanents, le sauriez-vous? Est-ce que le fait que vous soyez conscient et puissiez assister à la nature courte de la vie de toutes formes, vous-même inclus, ne signifie pas qu’une part de vous est non-sujette au déclin? Lorsque vous avez vingt ans, vous savez que votre corps est fort et vigoureux. Soixante ans plus tard, vous savez que vous corps est affaibli et vieux. Vos idées aussi peuvent avoir changées de celles que vous aviez à vingt ans. Mais la conscience que votre corps est jeune ou vieux ou que votre pensée a changé, n’a subi aucun changement. Cette Connaissance est l’Éternel en vous, la Conscience elle-même. C’est la Vie Sans forme. Pouvez-vous la perdre? Non. Parce que c’est Vous Êtes Elle.  

Certaines personnes deviennent profondément apaisés et lumineux juste avant leur mort, comme si quelque chose brillait à travers leur forme en dissolution. Parfois des personnes très malades ou âgées deviennent presque transparents pour ainsi dire, dans les dernières semaines, mois, ou voire années de leurs vies. Alors qu’ils vous regardent, vous pouvez voir de la lumière briller à travers leurs yeux. Il n’y a plus de souffrance psychologique. Ils ont renoncé, et donc leur personne, ce Moi égotiste et artificiel, s’est déjà dissout. Ils sont morts avant d’être morts, et ont trouvé la profonde paix intérieure qu’est la réalisation du non-mortel en eux-mêmes. 

Avec chaque accident ou désastre il y a une dimension de rédemption potentielle dont nous sommes généralement inconscients. L’énorme choc de la mort inattendue et imminente peut avoir l’effet de pousser votre conscience complètement hors de l’identification avec la forme. Dans les derniers moments avant la mort physique, alors que vous mourrez, c’est une expérience de vous-même en tant que conscience libre de forme. Soudain il n’y a plus de peur, juste de la paix et la certitude que tout est bien, et que la mort n’est que la dissolution d’une forme. Alors la Mort est reconnue comme illusoire au bout du compte, aussi illusoire que la forme avec laquelle vous vous étiez identifié. 

La Mort n’est pas une anomalie, ou le plus terrible des évènements comme notre culture moderne peut nous avoir fait croire, mais la chose la plus naturelle au monde, inséparable et toute aussi naturelle que son autre polarité, la Naissance. Rappelez-vous de ceci lorsque vous vous asseyez auprès d’une personne mourante. C’est un grand privilège et un acte sacré d’être présent à la mort d’une personne en tant que témoin et compagnon.  Lorsque vous vous asseyez avec une personne mourante, ne déniez aucun aspect de cette expérience, ne déniez pas ce qu’il se passe, et ne déniez pas vos ressentis. La reconnaissance qu’il n’y a rien que vous puissiez faire peut vous faire sentir impuissant, triste ou en colère. Acceptez ce que vous ressentez. Puis allez un pas plus loin. Acceptez qu’il n’y a rien que vous puissiez faire, et acceptez-le entièrement. Vous n’avez pas le contrôle. Abandonnez-vous profondément à tous les aspects de cette expérience. Vos ressentis, tout comme toute douleur et inconfort que la personne mourante peut expérimenter. Votre état de renoncement conscient et le calme qui l’accompagne peut grandement assister la personne en train de trépasser et faciliter sa transition. Si des mots sont demandés, ils viendront du silence en vous, mais ils seront secondaires. Avec la tranquillité, vient la bénédiction, la Paix. »

Traduction française – Julie Clément // Texte original retranscrit ci-dessous

La Mort et l’Éternel, texte lu et écrit par Eckhart Tolle

TEXTE ORIGINAL (EN ANGLAIS) D’ECKHART TOLLE

« When you walk through a forest which has not been changed or interfered with by men, you will see not only abandoned life all around you, but you will also encounter falling trees and decaying plants, rotting leaves and decomposing matter at every step. Wherever you look, you will find life as well as death. Upon closest look however, you will discover that decomposing tree trunks and rotting leaves, not only gives birth to new life, but are full of life themselves. Micro-organisms are at work, molecules are rearranging themselves, so death isn’t to be found anywhere, there is always the metamorphosis of life force. What can you learn from this ? Death is not the opposite of life. Life has no opposite. The opposite of death is birth. Life is eternal. 

Sages and poets throughout the ages have recognized the dreamlike quality of the existence. Seemingly so solid and real, and yet so fleeting that it could dissolve at any moment. At the hour of your death, the story of your life may indeed appear to you like a dream, yet even a dream there must be an essence that is real. There must be a consciousness in which the dream happens. Otherwise it would not be. That consciousness, does the body create it? Or does consciousness create the dream of body? The dream of some-body? Why did most of those who went into a near-death experience lose their fear of death? Reflect upon this. 

Of course you know you are going to die, but that remains a mear mental concept until you meet death in person for the first time, through a serious illness, or accident that happens to you or someone close to you, or through the passing away of a loved one, death enters your life as the awareness of your own mortality. Most people turn away from it in fear, but if you do not flinch and face the fact that your body is fleeting, and could dissolve at any moment, there’s some degree of disidentification, however slight, from your own physical and psychological form, the Me. When you see and accept the impermanent nature of all life forms, a strange sens of peace comes upon you. Through facing death, your consciousness is free to some extent from identification with form. This is why is some buddhist tradition, the monks regularly visit the morgue to sit and meditate among the dead bodies. There’s still a widespread denial of death in the western culture, even old people try not to speak or think about it, and dead bodies are hidden away. A culture that denies death inevitably becomes shallow and superficial, concerned only with the external form of things. When death is denied, life loses its depths, the possibility of knowing who we are beyond name and form, the dimension of the transcendant disappears from our lives, because Death is the opening into that dimension.

People tend to be uncomfortable with endings, because every ending is a little death. That’s why in many languages, the word for « goodbye » means « see you again ». Whenever an experience comes to an end, the gathering of friends, a vacation, your children leaving home, you die a little death. A form that appeared in your consciousness, as that experience, dissolves. Often this leaves behind a feeling of emptiness that most people try hard not to feel, not to face. If you can learn to accept and even welcome the endings in your life, you may find that the feeling of emptiness that initially felt uncomfortable, turns into a sense of inner graciousness that is deeply peaceful. By learning to die daily in this way, you open yourself to life. 

Most people feel their identity, a sense of self, is something incredibly precious that they don’t want to lose. That is why they have so much fear of death. It seems unimaginable and frightening that I cease to exist. But you confuse that precious I with your name and form and the story associated with it. That I is no more than a temporary formation in the theater of consciousness. As long as that form identity is all you know, you are not aware that this precious preciousness is your own essence, you innermost sense of « I am », which is consciousness itself. It is the Eternal in you. And that’s the only thing you cannot lose. 

Whenever any kind of deep loss occurs in your life, such as loss of possession, your home, a close relationship, or loss of your reputation, job, or physical abilities, something inside you dies. You feel diminished in your sense of who you are. There may be also a certain disorientation : without this, who am I? When a form that you had unconsciously identified with as part of yourself leaves you or dissolves, that can be extremely painful. It leaves a hole, so to speak, in the fabric of your existence. When this happens, don’t deny or ignore the pain or the sadness that you feel. Accept that it is there. Be aware of your mind’s tendency to construct a story around that loss in which You are assigned a role of victim. Fear, anger, resentment or self-pity are the emotions that go with that role. Then become aware of what lies behind those emotions, as well as behind the man-made story, that hole, that empty space. Can you face and accept that strange sense of emptiness? If you do, you may find that it is no longer a fearful place. You may be surprised to find peace emanating from it. Whenever death occurs, whenever a life form dissolves, God, the formless and unmanifested, shines through the opening left but the dissolving forms. That is why the most sacred thing in Life is Death. That is why the peace of God can come to you through the contemplation and acceptance of Death. 

How short-lived every human experience is, how fleeting our lives! Is there anything that is not subject to birth and death? Anything that is eternal? Consider this : if there were only one color, let us say blue, and the entire world and everything in it were blue, then there would be no blue. There needs to be something that is not blue so that blue can be recognized. Otherwise it would not stand out, would not exist. In the same way, does it not require something that is not fleeting and impermanent, for the fleetingness of all things to be recognized? In other words, if everything, including yourself, were impermanent, would you even know it? Does the fact that you are aware of and can witness the short lived nature of all forms, including your own, not mean that there is something in you that is not subject to decay? When you are twenty, you are aware of your body to be strong and vigorous. Sixty years later, you are aware of your body as weakened and old. Your thinking too may have changed from when you were twenty. But the awareness that knows that your body is young or old or that your thinking has changed, has undergone no change. That awareness is the Eternal in you, Consciousness itself. It is the Formless One Life. Can you lose it ? No. Because You Are It. 

Some people become deeply peaceful and almost luminous just before they die, as it something shining through the dissolving form. Sometimes it happens that very ill or old people become almost transparent so to speak, in the last few weeks, months or even years of their lives. As they look at you, you may see a light shining through their eyes. There’s no psychological suffering left. They have surrendered, and so the person, the man-made egoïc Me, has already dissolve. They have died before they died, and found the deep inner peace that is the realization of the deathless within themselves. 

To every accident and disaster there is a potentially redemptive dimension that we are usually unaware of. The tremendous shock of totally unexpected imminent death can have the effect of forcing your consciousness completely out of identification with form. In the last few moments before physical death, and as you die, is an experience your self as consciousness free of form. Suddenly, there is no more fear, just peace and in-knowing that all is well, and that death is only a form dissolving. Death is then recognized as ultimately illusory, as illusory as the form you had identified with as Yourself. 

Death is not an anomaly, or the most dreadful of all events as modern culture would have you believed, but the most natural thing in the world, inseparable from and just as natural as its other polarity, Birth. Remind yourself of this when you sit with a dying person. It is a great privilege and a sacred act to be present at a person’s death as a witness and companion. When you sit with a dying person, do not deny any aspect of that experience, do not deny what is happening, and do not deny your feelings. The recognition that there’s nothing you can do may make you feel helpless, sad or angry. Accept what you feel. Then go one step further. Accept that there’s nothing you can do, and accept it completely. You are not in control. Deeply surrender to every aspect of that experience. Your feelings, as well as any pain and discomfort the dying person may be experiencing. Your surrendered state of consciousness and the stillness that comes with it can greatly assist the passing person and ease the transition. If words are called for, they will come out of the stillness within you, but they will be secondary. With the stillness comes the benediction, Peace. « 

Solstice d’hiver

« Nous approchons du seuil de l’hiver. 

La vie est tirée dans le sol, descendant avec indolence dans le coeur d’elle-même. 

Et nous humains animaux naturels sommes appelés à faire de même, l’appel à descendre dans nos corps, dans le sommeil, l’obscurité et les profondeurs de nos propres caves nous entraînant immuablement dans notre moelle.

Mais beaucoup trouvent la descente dans leur propre corps effrayante, craignant les émotions ignorées et les évènements passés qu’ils ont remisées dans un coin sombre d’eux-mêmes, ne voulant pas faire face à ce qu’ils ont soigneusement et durement évités.

L’époque du solstice d’hiver n’est plus célébrée comme elle l’a été, avec la compréhension que cette période de descente dans sa propre noirceur est absolument nécessaire à trouver sa lumière. Cette liberté authentique naît d’accepter grâce au pardon et à l’amour ce par quoi nous sommes passés, et à vaincre l’entrave que le passé a sur nous, rapportant à la surface les trésors précieux de nos cavités les plus noires. 

C’est un temps de repos et de réflexion profonde, un temps pour essuyer l’ardoise et effacer l’ancien afin de pouvoir marcher vers le printemps, prêts à grandir et à sauter sans une montagne poussiéreuse sur le dos et des chaînes autour des chevilles nous attachant aux caves de notre âme. Un temps pour la médecine de l’histoire, du feu, de la nourriture et de l’amour.

Une période de reconnection, de ré-apprentissage et de retrouvailles avec ce que cette saison signifie, l’hiver comme un temps de douceur, d’amour, de renaissance, de paix, et d’allègement, plutôt qu’un temps redouté, déprimant et à éviter. 

La culture moderne enseigne l’évitement au maximum à cette période : alcool, lumières, shopping, surmenage, dépenses inconsidérées, mauvaise nourriture et consumérisme.

Et cependant l’appel à rentrer en soi est si puissant pour quasi toutes les créatures que beaucoup de personnes ont l’impression que quelque chose ne va pas chez eux, que l’hiver est cruel et les laisse avec des sentiments d’abandon et de peur. Alors même que l’hiver est si doux, qu’il nous invite avec patience et calme à rentrer en nous, vers l’obscurité et la mort potentielle de ce que nous étions. Cette traversée, menée avec attention, est essentielle. 

Elle est comme un puissant enseignant qui nous demande d’éveiller notre Ancien ou thérapeute intérieur, nous soutenant avec l’appui du pardon et nous permettant de faire nos deuils, de pleurer, d’enrager, de rire, et de faire face à ce dont nous avons besoin pour nous libérer des liens barbelés entourant nos coeurs, afin de s’ouvrir à la guérison et à la lumière sans être submergés. 

 L’hiver enlève les distractions et le bruit, et nous présente le temps parfait pour se reposer et se retirer dans la matrice avec amour, apportant chaleur et lumière dans nos coeurs. »

illustration de Jessica Boehman•
•Texte original de Brigit Anna McNeill• •Traduction de Julie Clément•

 

Publication originale

Texte original :

We are approaching the threshold of winter.
Life is being drawn into the earth, painlessly descending down into the very heart of herself. 
And we as natural human animals are being called to do the same, the pull to descend into our bodies, into sleep, darkness and the depths of our own inner caves continually tugging at our marrow. 
But many find the descent into their own body a scary thing indeed, fearing the unmet emotions and past events that they have stored in the dark caves inside themselves, not wanting to face what they have so carefully and unkindly avoided. 
This winter solstice time is no longer celebrated as it once was, with the understanding that this period of descent into our own darkness was so necessary in order to find our light. That true freedom comes from accepting with forgiveness and love what we have been through and vanquishing the hold it has on us, bringing the golden treasure back from the cave of our darker depths.
This is a time of rest and deep reflection, a time to wipe the slate clean as it were and clear out the old so you can walk into spring feeling ready to grow and skip without a dusty mountain on your back & chains around your ankles tied to the caves in your soul. 
A time for the medicine of story, of fire, of nourishment and love.
A period of reconnecting, relearning & reclaiming of what this time means brings winter back to a time of kindness, love, rebirth, peace and unburdening instead of a time of dread, fear, depression and avoidance. 
This modern culture teaches avoidance at a max at this time; alcohol, lights, shopping, overworking, over spending, bad food and consumerism. 
And yet the natural tug to go inwards as nearly all creatures are doing is strong and people are left feeling as if there is something wrong with them, that winter is cruel and leaves them feeling abandoned and afraid. Whereas in actual fact winter is so kind, yes she points us in her quiet soft way towards our inner self, towards the darkness and potential death of what we were, but this journey if held with care is essential.
She is like a strong teacher that asks you to awaken your inner loving elder or therapist, holding yourself with awareness of forgiveness and allowing yourself to grieve, to cry, rage, laugh, & face what we need to face in order to be freed from the jagged bonds we wrapped around our hearts, in order to reach a place of healing & light without going into overwhelm. 
Winter takes away the distractions, the noise and presents us with the perfect time to rest and withdraw into a womb like love, bringing fire & light to our hearth.
Winter takes away the distractions, the noise and presents us with the perfect time to rest and withdraw into a womb like love, bringing fire & light to our hearth.

•illustration by Jessica Boehman•
•words Brigit Anna McNeill•

Illustration de Jessica Broehman

Vulnérabilité

Hier, je regardais pour la énième fois le TED Talk de Brené Brown sur le pouvoir de la vulnérabilité. Si vous ne l’avez jamais vu, cliquez ici. 

Je l’ai écouté pour la première fois il y a une dizaine d’années, à une époque où je ne savais même pas ce que signifiait être vulnérable. La vulnérabilité ? Brené la définit comme « la capacité de se laisser voir tel que l’on est, vraiment tel que l’on est. »

Brené Brown est une chercheuse en sciences sociales, elle étudie les relations humaines, les connexions entre les gens, ce qui nous rapprochent. Elle dit, « quand vous avez travaillé dans le social pendant 10 ans, vous réalisez que les relations humaines sont la raison de notre présence sur terre. C’est ce qui donne un but et du sens à nos vies. »

À l’époque où j’ai entendu pour la première fois Bréné parler de vulnérabilité et de honte, je n’avais aucune idée que me montrer en entier, et surtout m’aimer en entier, pouvait avoir un impact aussi significatif sur ma vie. Ma zone de confort émotionnelle était si restreinte, que toute personne ou situation qui me mettait en contact avec mon ressenti authentique devenait l’ennemi à abattre. J’étais en colère, j’avais honte des dégâts que ça causait, j’avais mal partout, je détournais les yeux comme pour me faire disparaître. Je ne voulais pas me regarder en face, je me déplaisais, je ne m’aimais pas. 

« Votre corps est essentiellement une galaxie et un univers autonomes, avec des milliards de connexions et d’interactions… »

Qu’y avait-il dans ma boîte de Pandore, mon espace intérieur ? Des rappels d’évènements désagréables qui me faisaient plisser les yeux et me boucher les oreilles, des souvenirs d’abus, des personnes que j’avais abusé en retour, pas toujours en relation avec le noeud d’origine. Du dégoût, des chagrins à n’en plus finir, du mal-être, des deuils, de l’injustice, du rejet, des mots durs, des critiques… Un bordel de casseroles s’étaient accumulées dans mon espace vital, jusqu’à m’en faire oublier que c’était mon devoir de trier, sortir mes poubelles, de pardonner, de me pardonner, et surtout que je n’étais pas ces vieilles choses. J’étais l’espace autour. 

En somme, rien de bien extraordinaire ni honteux dans ma boîte, de simples résidus d’existence humaine on ne peut plus communs. Et pourtant assez pour ne pas me sentir aimable, donc une bonne excuse pour ne pas me laisser aimer. 

C’est un long voyage qui nous ramène vers notre coeur, en commençant par écouter, simplement écouter toutes ces voix en soi, en nous. Comme le dit Brené, « La définition originelle du mot COURAGE — vient du latin -cor, signifiant coeur — est : raconter qui nous sommes de tout notre coeur.« 

Créature extraordinaire, ceci est ton coeur

« Ainsi, ces gens (ndlr : qui embrassent la vulnérabilité) avaient, très simplement, le courage d’être imparfaits. Ils avaient la compassion nécessaire pour être gentils, tout d’abord avec eux-mêmes, puis avec les autres, car, à ce qu’il semble, nous ne pouvons faire preuve de compassion envers les autres si nous sommes incapables d’être gentils envers nous-même. Et pour finir, ils étaient en relation avec les autres, et — c’était ça le noyau dur –de par leur authenticité, ils étaient disposés à abandonner l’idée qu’ils se faisaient de ce qu’ils auraient dû être, de façon à être qui ils étaient, ce qui est un impératif absolu pour entrer en relation avec les autres. » (Brené Brown)

Commencer à vivre avec la vulnérabilité fait trembler de partout. C’est comme retirer une armure, avec la peur de se faire lyncher, rejeter, humilier. Alors pourquoi le faire ? 

Parce que c’est nécessaire pour être en connexion authentique avec nos proches, avec l’autre, pour faire de la place aux émotions qui font du bien comme la joie et l’amour, sortir des comportements addictifs (médicaments, drogues, alcool, nourriture, relations toxiques etc etc) que nous mettons en place pour oublier la honte, le dégoût, la peur, la tristesse… C’est nécessaire pour être complet et heureux. S’accueillir de manière plus entière c’est aussi donner à l’autre plus d’espace pour exister et respirer. Je le vois tous les jours dans ma salle de shiatsu. 

Gautama, le célèbre éveillé historique, enseignait que le bonheur est notre état naturel. Le reste n’est « qu’impuretés ». Les reconnaître les libèrent très simplement, pas besoin de plus. Akinobu Kishi, Monsieur Seiki, rappelait qu’il y a toujours du ciel bleu derrière les nuages. De la même manière, il privilégiait la présence authentique, sans besoin de changer ou d’intervenir dans le processus. « Just looking is enough ». Rappelons-nous plus souvent, imparfaits, libres et heureux.

Retour des rencontres internationales du Seiki 2018

Seiki berce ma vie depuis mon premier atelier à Paris en février 2017. Catherine Dompas m’y a introduit, et la vague m’emmène depuis en des territoires insoupçonnés.

« Qu’est-ce que Seiki ? »

Sei-ki se traduit généralement par « Accompagnement de l’énergie universelle ». C’est une pratique d’origine japonaise, qui consiste à partager l’énergie avec un partenaire sur un futon. Ce qui nous traduisons généralement par énergie, le Ki, correspond à un principe très populaire dans les cultures traditionnelles, et trop oublié en Occident. Le Ki est aussi l’Espace, le Temps, l’Invisible, l’Inconscient, et bien d’autres notions. L’étude et l’exploration du Ki passionne depuis toujours les nippons à travers notamment les arts martiaux, et a transformé plus récemment les cultures de l’ouest. Sentir le Ki s’apprend sans difficulté, il est là partout et tout le temps, prenant naturellement diverses formes et sculptant la matière de l’intérieur et de l’extérieur. Que nous en soyons conscients ou non, nous sommes en lui, il est en nous.

Seiki avec Kyoko Kishi, Papendal 2018
Crédit photo : Alexandra Gelny

On pourrait dire que les Français sont célèbres pour aimer partager le Ki à table, dans un stade, une salle de spectacles… Ce sont des expériences transformatrices et variées que nous apprécions et qui rythment nos vies. Seiki procède de la même façon : partager un moment ensemble sur un futon. Se rencontrer, respirer ensemble, parfois bouger ensemble, accueillir ce qui vient, éventuellement toucher, observer ce qui est, accompagner le mouvement, l’esprit calme et serein, sans volonté de changer ou de bien faire. Seiki est libre et ramène à l’essentiel de la vie.

Nous étions 48, venus de 15 pays, anciens et nouveaux étudiants, certains découvrant Seiki pour la première fois. Seiki est très accessible et se transmet sans fioritures et principes complexes, à travers des démonstrations, échanges et discussions conviviales. L’espace que la communauté crée est très libre, et invite à revenir à son propre mouvement originel. Certains sont expansifs, d’autres réservés, tout est bienvenu, tout est ok. J’aime Seiki pour son universalité, sa non-technique, l’inattendu, les rires, les pleurs, les cris et les silences qu’il permet de laisser émerger. Aucune pression, aucune volonté, chacun prend soin de lui-même comme il l’entend. Les formes et combinaisons sont infinies. Le protocole est discret, quelques mouvements de base peuvent éventuellement aider le corps et la respiration à se laisser aller, le reste se fait par soi-même avec ce qui se présente.

Iyasaka Fifuminorito, transmis par Akinobu Kishi et guidé par Felix Bindernagel

La pratique aime s’accompagner du chant de divers Norito, de la lecture de poèmes, de l’étude ancestrale du son et de la voix, étonnant voyage dans le monde des vibrations. Le programme s’est développé tranquillement, assaisonné d’anecdotes et des talents des participants : Alexandra (Vienne) et son travail sur les mères et nourrissons, Nik (Londres)  et son approche de la douleur, Bill (New York) et sa transmission très personnelle du ressenti du Ki, Catherine  (Montpellier) et les 5 mouvements régénérateurs, Jürg (Bâle) à la flûte envoûtante, Keith (Aberdeen) et ses exercices matinaux de Katsugen Undo, Felix et le chant des norites, Kyoko Kishi transmettant sa vision simple et gracieuse de Seiki.

En quelques heures, j’ai eu la chance exceptionnelle de travailler avec Lundhup Droyültshang de Suisse, Johannes Heinzerling d’Utrecht, Belen de Barcelone, Cyril découvrant émerveillé la beauté de Seiki, ainsi les enseignants et maîtres Keith Stewart, Paul Lundberg et Kyoko Kishi.

Les Rencontres 2018, 6ème édition, furent un moment de grande joie et de partages généreux, loin des fédérations, des diplômes et des dogmes. Seiki m’a ouvert à plus de liberté et d’empathie dans ma vie et dans mon approche du shiatsu, plus de compassion et d’authenticité, un ancrage puissant associé à une main chaleureuse et légère.

Akinobu Kishi disait que Seiki est une rencontre Heart to Heart, Mind to Mind (« Coeur à Coeur, Esprit à Esprit »). La rencontre en elle-même, au-delà du toucher, crée un espace unique entre 2 individus. Seiki est l’écoute attentive et joyeuse de cet espace, un moment après l’autre. Il en ressort une joie profonde, le bonheur de se retrouver et d’être entendu, sans obligation ni restriction de gestes ou de mots.

Venez découvrir Seiki à Lille, en toute simplicité, lors d’ateliers ou de traitements individuels.

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Au plaisir de vous rencontrer,

Julie

Kyoko Kishi entourée des participants aux Rencontres du Seiki, Papendal 2018

Sérénité

Aujourd’hui, prenons un moment pour honorer nos ratés, les objectifs que nous n’arrivons pas à atteindre, ce que nous n’arrivons pas à dire, nos colères nos peines et nos peurs, réelles ou imaginaires, ce que nous ne maîtrisons pas, ce qui nous fait défaut, ce que nous n’avons pas reçus, ce que nous avons reçus sans le vouloir, ce que nous ne parvenons pas à pardonner, ce que nous ne parvenons pas à nous pardonner à nous-même, ce que nous aimerions pouvoir effacer, et rappelons-nous que derrière les nuages il y a toujours le ciel bleu.

Aujourd’hui je souffle doucement sur les nuages, je les accompagne un moment, je les laisse m’emporter. Aujourd’hui je m’aime en entier, je me pardonne d’être moi, un poids, une imperfection, un gros bouton. Je me laisse exister en entier, heureuse même défectueuse. Je profite de ce sourire moqueur émergeant de mes tréfonds, je le laisse me dérider à m’en faire mal aux joues. Je me pardonne d’avoir subi, je me pardonne d’avoir perpétré, je me pardonne de parfois m’égarer, épuisée, au bout.

Ce gros bouton, vu par un autre, est une fleur parfaite, timide au matin, éclatante à midi, et flétrie le soir. Absolument parfaite, et aimée pour ce qu’elle est, un instant d’éternité.

Aujourd’hui j’arrive à dire Je m’aime et Je suis belle autant que Je t’aime et Tu es beau, et je vois qu’il est impossible de me laisser aimer sans m’aimer moi-même. Puissiez-vous vous aimer aussi très fort ❤

Belle journée à vous tous, fleurs d’un jour et boue de demain.

Julie